Partager l'article ! Le groupe Christ racheté, fin d'une saga familiale de l'agroalimentaire: Source Ouest-France 22/12/2011 L'histoire du co ...
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Christ de père en fils et depuis 1929. Résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, le tonnelier alsacien Charles Christ récupère une usine de choucroute sous séquestre, à Saint-Brieuc, dans les Côtes-d'Armor. Hélas, l'iode ne convient pas aux choux, ils poussent verts et pas blancs.
Il déménage dans la Sarthe. À Connerré, les terrains ne sont pas trop chers ni trop éloignés de Paris. En ce début des années 50, le choucroutier s'intéresse à la conservation et se lance dans l'appertisation, la mise en conserve. Les premiers marchés obtenus en Sarthe l'ont été avec l'Armée.
Dans les années 60, la société préfère le bocal en verre à la conserve. La choucroute occupe l'usine l'hiver, d'octobre à décembre.
Pour faire tourner le site le reste de l'année, Charles Christ se lance dans les cornichons. L'entreprise choisit un procédé pas courant à l'époque : elle ne passe pas ses cornichons dans la saumure, l'eau salée. « Ils sont mis en bocal avec un tout petit peu de sel, dans du vinaigre. Ils restent croquants », explique Gérald Christ, troisième du nom. L'activité se diversifie ensuite avec le cassoulet. À l'époque, les haricots secs venaient de France ; aujourd'hui ils viennent des États-Unis, du Canada.
Deuxième du nom, Charles Christ. Qui achète en viager l'entreprise de son père. Il en tiendra les rênes de 1952 à 1997. Arrive cette année-là Gérald.
Comme son prénom, différent du père et du grand-père, sa manière d'agir ne s'inscrit pas totalement dans la lignée des Christ. La troisième génération a quitté les rails.
Alors qu'il est tout jeune, un bac éco en poche, Gérald crée sa propre entreprise à Connerré, dans la zone industrielle, Valdué. Il y fait fabriquer des plats cuisinés et des tripes, qu'il vend sous des marques distributeurs. Provocation ? « J'étais devenu le concurrent de mes parents. Eux travaillaient sous la marque Christ, c'était leur bébé ! Et moi je vendais sous la marque des distributeurs. Valdué, c'était le seul marché sur lequel je pouvais exister ! »
Il connaît toutes les ficelles du métier ; gamin il arpentait l'usine comme un terrain de jeux. « Je savais les choses, très naturellement ! » En 1997, sa mère décède et son père lui donne l'entreprise. En 2003, Gérald Christ fusionne Christ et Valdué.
L'histoire familiale s'arrête avec lui. Il pensait que l'un de ses cinq enfants prendrait la relève. « Un de mes fils a eu envie de me succéder. Mais, finalement, il a préféré renoncer. Je le remercie d'avoir su dire non à ce moment-là. J'ai 60 ans, je ne veux pas attendre, la coupe est pleine. J'étais prêt pourtant à aller jusqu'à 70 ans dans cette entreprise, avec un de mes gamins à côté de moi ! »
La relation avec les distributeurs toujours plus exigeants, la responsabilité sociale de l'entreprise (138 salariés), la conjoncture économique pas toujours sécurisante... Gérald Christ avait envie de passer à autre chose. Dès qu'il a appris que son fils ne reprendrait pas le flambeau, il a lui-même pris son téléphone. Et le groupe Reitzel s'est porté acquéreur.
À Connerré, toute l'activité des condiments se regroupe « en bas », sur l'ancien site de Valdué. Chez Christ, sur les hauteurs de la commune, se trouvent les ateliers charcuterie, plats cuisinés.
En 2006, rachat de Gillet à Contres (Loir-et-Cher), producteur de légumes en bocal et en boîte. « On a ramené la société ici en 2010, un seul des 33 salariés a suivi. Mais je peux vous assurer que nous avons créé depuis une trentaine de postes, plus d'heures travaillées qu'on avait à Contres. »
En 2008, abandon des tripes. Les 200 000 bocaux annuels ne suffisent pas.
7 000 tonnes de cornichons sont mises en bocaux par an. 1 000 tonnes sont achetées en Europe (France, Allemagne, Roumanie) pour l'aigre-doux, vendues sous la marque Malossol. Les 6 000 autres tonnes sont achetées en Inde. La production a nettement augmenté depuis 1997, elle était de 2 000 tonnes avant 1997. Les cornichons sont vendus sous la marque Christ ou sous les marques de distributeurs sauf Cora, Match ou Leclerc.
20 km de saucisses, soit 8 tonnes, sont produites par jour.
Chiffre d'affaires 2010 : 30,4 millions d'euros : 53 % en condiments ; 37 % en plats cuisinés ; 7 % en légumes ; 3 % en bio.
Novembre 2011 : Reitzel, groupe suisse, rachète Christ (lire notre édition du 15 novembre). Pour Gérald Christ, ce rachat est d'abord une « histoire humaine. Je voulais pérenniser l'entreprise, j'ai rencontré un type qui m'a plu. Reitzel international va vendre les produits Christ à l'étranger, le groupe est plus fort que moi sur la partie marketing. Je reste actionnaire mais je suis désormais actionnaire d'un bout d'usine en Suisse, en Turquie ou d'ici... Mon père est toujours actionnaire, il a accepté cette reprise à la condition qu'il n'y ait pas de licenciement ».
Florence LAMBERT.